Covenants de prêt PME : les 4 clauses à négocier avant de discuter du taux
La majorité des PME québécoises négocient le taux d'intérêt et signent le reste. Trois ans plus tard, ce sont les covenants — pas le taux — qui les empêchent de bouger. Voici ce qu'on regarde en premier dans nos mandats de financement.
Un dirigeant de PME manufacturière de la Rive-Sud m'appelle en février 2025. Il a une opportunité d'acquisition à 4,2 M$, le vendeur veut signer dans 90 jours, et sa banque vient de refuser de débloquer la marge supplémentaire. Le motif officiel : "ratio de couverture du service de la dette projeté sous le seuil de 1,25x".
On regarde la convention de prêt signée en 2022. Le covenant est là, noir sur blanc, page 14. Personne ne l'avait relu depuis la signature.
Ce que ce dirigeant a appris ce jour-là — et ce que je vois dans 7 mandats de financement sur 10 — c'est que le taux d'intérêt est presque secondaire. Ce qui détermine si tu pourras saisir ta prochaine opportunité, c'est ce que tu as accepté de signer trois ans plus tôt dans les pages que personne ne lit.
Pourquoi les covenants sont l'angle mort des PME
Dans les négociations de financement PME au Québec, il y a un script presque universel : le directeur de compte arrive avec une offre, le dirigeant et son contrôleur négocient le taux et les frais, et l'avocat regarde les sûretés. Les covenants — ces engagements financiers continus que tu prends pour la durée du prêt — sont traités comme du "boilerplate".
C'est exactement là que les banques font leur marge réelle. Pas sur le taux affiché, mais sur la capacité à resserrer ton dossier ou à exiger des renégociations dès qu'un ratio dévie. Et dans une PME en croissance, les ratios dévient. Constamment.
Les 4 covenants qui comptent vraiment
1. Le ratio de couverture du service de la dette (DSCR)
C'est le covenant qui tue. Formule typique : BAIIA / (intérêts + capital remboursé) ≥ 1,25x. Le piège est dans la définition du BAIIA. Est-ce que les ajustements non récurrents sont admis ? Est-ce que la rémunération du dirigeant est normalisée ? Est-ce que les loyers immobiliers payés à une entité reliée sont retraités ?
Dans un mandat récent avec un distributeur de Laval, on a renégocié la définition du BAIIA pour exclure 340 000 $ de frais ponctuels (relocalisation d'entrepôt + provision IFRS 16). Résultat : le DSCR projeté est passé de 1,18x à 1,41x. Aucune renégociation du prêt nécessaire. Aucune intervention bancaire. Le dirigeant a gardé sa marge d'action pour 24 mois.
2. Le ratio dette/BAIIA (leverage)
Plafond typique : 3,5x. Ça paraît confortable. Sauf que ce ratio est mesuré à chaque trimestre, et il faut tenir compte des engagements hors bilan : leasings opérationnels capitalisés (IFRS 16), garanties données à des filiales, lignes de crédit non utilisées dans certaines formulations.
Ce qu'on négocie : exclusion explicite des leasings IFRS 16 du calcul de la dette, ou ajout d'un "basket" — une enveloppe d'endettement supplémentaire (typiquement 500 K$ à 1 M$) autorisée sans déclencher de bris de covenant.
3. Les clauses de non-aliénation et d'acquisition
C'est ici que se joue ta capacité de croî