Exemple concret d'OKR pour une PME manufacturière québécoise (18 M$, 90 employés)

La plupart des exemples d'OKR qu'on trouve en ligne viennent de la tech californienne et ne se transposent pas dans une usine de la Beauce. Voici un cas réel de PME manufacturière sur 4 trimestres, avec les objectifs, les KR chiffrés, et ce qui a vraiment bougé.

Une PME manufacturière de la Beauce, 18 M$ de revenus, 90 employés, deux lignes de production de composants métalliques pour le secteur agricole et l'industrie lourde. Le PDG, deuxième génération, a repris l'entreprise de son père en 2019. Marges brutes correctes (32 %), mais une EBITDA qui plafonne à 9 % depuis trois ans malgré une croissance des revenus de 6 à 8 % par année.

En décembre 2023, il me dit la phrase qui revient constamment dans les PME manufacturières de cette taille : "On grossit en chiffre d'affaires mais on ne sent pas qu'on grossit en rentabilité, et personne dans l'équipe ne sait précisément pourquoi."

On a installé un système OKR trimestriel à partir de janvier 2024. Voici exactement ce qu'on a écrit, ce qu'on a mesuré, et ce qui s'est passé sur quatre trimestres complets.

Pourquoi les exemples OKR génériques ne fonctionnent pas en manufacturier

Avant de descendre dans le cas concret, il faut être clair sur une chose. La plupart des contenus en français sur les OKR proviennent de traductions de blogues anglo-saxons écrits pour des entreprises tech ou SaaS. Les objectifs ressemblent à "augmenter la rétention utilisateur" ou "lancer 3 fonctionnalités". Dans une usine de la Beauce qui livre du métal soudé à des fabricants de machinerie agricole, ces exemples ne se transposent pas.

Une PME manufacturière a ses propres unités de mesure : OEE (Overall Equipment Effectiveness), taux de rebut, délai de livraison promis vs réel, coût-matière par unité, taux d'absentéisme en production, accidents avec arrêt de travail. C'est sur ces dimensions-là que les OKR doivent porter, pas sur des concepts importés.

C'est exactement pour ça qu'on est partis de zéro avec ce client. Pas de copier-coller d'un template Google. Une session de deux jours où on a posé une seule question : "Qu'est-ce qui, mesurable, doit bouger en 90 jours pour que ta marge progresse ?"

L'architecture qu'on a choisie : 1 objectif annuel, 3 OKR trimestriels

On aurait pu écrire cinq objectifs annuels avec dix-huit KR. C'est ce que font la majorité des PME qui se lancent dans les OKR — et c'est exactement pour ça qu'elles abandonnent au trimestre 2.

Pour cette PME, on a écrit un seul objectif annuel pour 2024 : "Faire passer notre EBITDA de 9 % à 12 % sans grossir le top-line". Ensuite, à chaque trimestre, on a choisi trois OKR maximum, alignés sur cet objectif annuel.

Trois, c'est le chiffre qui tient. Au-delà, l'équipe de direction perd le focus et les OKR se diluent dans les rituels.

Trimestre 1 (janvier-mars 2024) : reprendre le contrôle des coûts de matière

L'analyse initiale avait identifié que le coût-matière représentait 48 % du coût de fabrication, et qu'il avait dérivé de 4 points depuis 2021 sans qu'on sache exactement pourquoi.

Objectif T1 : Stabiliser le coût-matière et reprendre le contrôle